En pleine ère digitale, Samy Boudol choisit de sonder le monde palpable, d’explorer la matière et d’en capter les effets. Entre l’artiste et l’artisan la frontière se dissout, il est surtout question de savoir-faire, de mains qui peignent et façonnent de manière intuitive le bois, le métal ou la céramique, autant que d’un regard neuf et singulier.

« Mon œil repère des choses… Pour m’en imprégner je les représente. » Constamment aux aguets, le plasticien traque dans son quotidien l’insolite, la fissure, parfois un motif si ordinaire qu’on cesse d’en percevoir la beauté — comme ceux des matelas abandonnés sur les trottoirs. Leurs subtiles coutures s’observent dans de petites céramiques émaillées, témoins d’un tracé contemporain engendré par la production industrielle. Il s’agit ici de nourrir sa grammaire plus abstraite, d’habitude apparentée à un gothique revisité, décontextualisé.

Appliques dentelées d’épines et de bourgeons, bas-reliefs floraux ou vitraux en ogive… Ses artefacts semblent émerger de ruines archéologiques, à une différence près : la modernité s’y invite, par un geste de distorsion ou d’épure. D’apparence familières et archaïques, ils réinventent un langage hérité du mouvement Arts & Crafts, qui prônait un retour au fait-main dans un style inspiré du Moyen-Âge.

Ornement funéraire en aluminium ; grès noir émaillé comme fossilisé. À ces volumes étranges répondent des toiles tout autrement matières : ce sont des drapés de nacre, des viscères ornés de perles, des surfaces métalliques comme observées à la loupe qui rendent sensibles, selon ses mots, « les fréquences basses du réel, les tensions sourdes qui semblent affleurer dans la matière ».



Aurélia Antoni, 2025